Les éléments constituant une cartouche de chasse sont la douille, le plomb, la bourre, la poudre et l’amorce. Les cartouches pour fusils à canon(s) lisse(s) sont relativement récentes. Jusqu’au milieu du 19ème siècle, on chargeait le canon par la bouche, en versant de la poudre, une rondelle, une bourre, une autre rondelle, du plomb et une dernière rondelle pour éviter à ce dernier de dégringoler dès que le fusil retrouvait une position voisine de l’horizontale. La mise à feu était assurée par une étincelle générée par un chien muni d’un silex, ou par une capsule posée sur une petite cheminée.

La « première » cartouche de type moderne avait un culot muni d’une petite tige métallique (la « broche »). Le chien, en se rabattant sur elle, l’envoyait percuter une petite amorce qui à son tour mettait le feu à la poudre. Cette étape intermédiaire laissa la place à la percussion d’une amorce insérée au centre du culot de l’étui. La percussion centrale était née. Dans ces temps pas si reculés, les chasseurs étaient économes. Pas question de mettre au rebut les vieux fusils à broche: on modifiait le chien, on adaptait des percuteurs, et le tour était joué. Dans le même esprit, on n’achetait pas de cartouches « toutes faites ». On les fabriquait soi-même, avec des étuis en carton de toutes les couleurs, ce qui par ailleurs permettait d’occuper les soirées avant que la télévision ne vienne envahir le temps. De toutes façons, les armuriers étaient absents ou rares dans les villages, et la vente par correspondance n’était encore qu’au stade foetal… Il faudra attendre le début du 20ème  siècle pour pouvoir acheter sur catalogue. On allait parfois en ville et on achetait « ce qu’il faut » pour un moment. Enfin, le prix de revient des cartouches maison était bien inférieur à celui des cartouches manufacturées. Ce dernier point explique la popularité du calibre 16 qui utilisait moins de matières premières que le 12. Celui-ci ne deviendra le standard de fait qu’après les années 50-60, lorsque l’industrialisation mettra à portée de tous des cartouches préfabriquées, vantées par la publicité, et présentées comme étant plus efficaces « face » à un gibier déjà en voie de raréfaction. Et en plastique, s’il vous plaît ! Garanties insensibles à l’eau, et faites pour rester au moins 200 ans dans l’herbe quand on les laisse traîner …

 La douille se compose d’un tube en carton ou en plastique, d’un culot en laiton ou en acier laitonné, dont la hauteur varie de 7,5 mm à 16 mm, d’un renfort intérieur en tôle, destiné à arrêter le carton placé sur la poudre. Un rouleau de papier ou de plastique rend solidaire ces différents éléments, tout en renforçant le fond de la douille, où l’amorçage rentre par frottement dur. La douille à petit culot n’a pas de renfort intérieur. De nos jours la majorité des cartouches se font en plastique. Certains utilisent encore le carton lorsqu’ils fabriquent eux même leurs cartouches. Les étuis en carton peuvent être récupérés puis rechargés. Ils ont l’inconvénient cependant de ne pas supporter l’eau. Les bourres, placées entre la poudre et les plombs, ont pour but de transmettre aux plombs la poussée des gaz de la poudre, tout en formant un tampon élastique au début du mouvement, afin de réduire la pression et la déformation des plombs. « Les bourres doivent empêcher complètement les gaz de la poudre de pénétrer dans les plombs ». La bourre la plus employée dans tous les pays est la bourre en feutre, encollée et graissée sur son diamètre extérieur. La bourre en liège graissé a de nombreux adeptes; elle a l’avantage d’être douce à tirer et de donner d’excellents groupements; en revanche, la pénétration des plombs est défectueuse, leur vitesse étant inférieure de 50-70 m/s à celle que l’on obtient avec une bonne bourre grasse.

 

Il convient de mentionner 2 bourres de qualité, en liège :

 

La bourre Iris, composée d’une bobine en liège avec ceinture de feutre graissé; parfaitement calibrée, elle donne d’excellents groupements et conserve une vitesse normale. La bourre Gabel, composée de grains de liège contenus dans un cylindre en carton ondulé et graissé, serti aux deux extrémités.

 

Il existe aussi des bourres de remplissage, dont l’épaisseur varie de 3 à 5 mm; elles sont en papier, feutre sec ou graissé et n’ont aucune influence sur le rendement de la cartouche. Enfin, avec le développement pour tous usages des matières plastiques, ces dernières ont aussi envahi le domaine des cartouches, en commençant par les douilles pour aboutir aux obturateurs et bourres. Les obturateurs, placés derrière la bourre (côté poudre), sont constitués par une coupelle aux lèvres souples assurant une obturation totale contre les infiltrations des gaz de combustion. Ils permettent une diminution de la charge de poudre et évitent les plombs agglomérés par fusion. Mais la grande nouveauté a été l’apparition des bourres à jupe et à godet, la jupe arrière formant obturateur et le godet avant contenant la charge de plombs, évitant leur frottement et usure contre les parois du canon et assurant de la sorte une amélioration du groupement. En France elles sont les plus vendues. Les poudres de chasse vendues en France sont fabriquées par la S.N.P.E. (Société Nationale des Poudres et Explosifs). La poudre noire n’est plus employée que dans les anciens fusils et pour le chargement des répliques d’armes anciennes. Les poudres actuellement fabriquées par la S. N. P. E. pour les armes lisses sont :

 

- la poudre T, qui est de beaucoup la plus connue; elle a été mise en vente en 1900 et va bientôt être abandonnée; – les poudres venues bien plus tard, après la Seconde Guerre mondiale, et qui comportent en particulier des poudres progressives permettant de propulser des charges lourdes, comme les poudres Ba2, Ba3 et Ba6;

 

- les poudres sphériques S2 et S3;

 

- enfin, la série des poudres A pour chargements classiques : AO pour balles, Al, A2 et A3.

 

Ces poudres ne sont en principe vendues qu’aux encartoucheurs. Autrefois, le chargement des cartouches par les chasseurs était beaucoup pratiqué en France. Aujourd’hui, cette pratique a pour ainsi dire disparu. La cause en est certainement que le prix des cartouches industrielles, fabriquées sur des machines automatiques à grande production, est devenu inférieur au prix des cartouches faites soi-même. Il n’est pour s’en convaincre que de comparer les prix des composants de rechargement, dans un catalogue, avec les prix de certaines cartouches bon marché. Le mode de fabrication du plomb est le suivant : on verse du plomb fondu dans une passoire placée à 40 m au-dessus d’une cuve remplie d’eau; la solidification des gouttes commence pendant leur chute et se termine au contact de l’eau. Les grains recueillis sont de diamètres différents; ils sont triés mécaniquement et roulés ensuite, pour obtenir le lustrage, dans des cylindres contenant de la plombagine.

Il y a 2 espèces de plomb de chasse : plomb doux et le plomb durci. Ce dernier est obtenu en ajoutant au plomb un faible pourcentage d’antimoine. Le plomb doux se déforme très vite et n’est pas à conseiller. Le numérotage des plombs n’étant pas normalisé en France, la plupart des fabricants ont toutefois adopté la série millimétrique où l’écart entre deux numéros est de un quart de millimètre. Le plomb moyen, qui est le no 5, a 3 mm de diamètre. Pour le tir aux pigeons, par exemple, on utilise du plomb cuivré ou chromé, qui se déforme moins vite que le plomb durci. Le plomb disco, obtenu par un léger écrasement des grains de plomb, donne une dispersion plus grande que le plomb normal. Le plomb cubique présente les mêmes avantages.

La plupart des fabricants font de bonnes cartouches, qu’ils ont en général fait expérimenter au laboratoire d’essai d’un banc d’épreuve équipé à cet effet. Les pressions sont prises sur l’appareil Crusher et doivent être régulières. Suivant les bourres employées, elles peuvent varier de 450 à 600 kg par mm2 en calibre 12. Les vitesses sont prises à l’aide d’un chronographe électronique. On mesure les temps de parcours et on en déduit la vitesse. Les bonnes cartouches doivent avoir un Vo (vitesse initiale) de 375 à 400 m/s. Aux chasseurs qui fabriquent eux-mêmes leurs cartouches, tout bon armurier conseillerait de choisir des douilles pourvues d’un culot de 10 ou de 16 mm, avec amorçage fermé et renfort intérieur, et de procéder au chargement de la façon que j’expose :

 

À l’ouverture de la chasse, on utilisera la charge normale de poudre T, soit 2,20 g en calibre 12 et 1,70 g en calibre 16; en arrière-saison, on pourra forcer à 2,30 g en calibre 12 et à 1,80 g en calibre 16.

 

On disposera un carton goudronné ou lustré sur la poudre, puis une bourre grasse de 12 ou 13 mm, Iris ou Gabel, sur laquelle on placera un carton blanc ou une bourre de surcharge.

 

La charge de plombs normale est de 32 g en calibre 12 et de 28 g en calibre 16.

 

Sur les plombs, on mettra une rondelle en liège de 3 mm (ne jamais employer de carton de fermeture); on terminera par un sertissage, sur une hauteur de 5 à 6 mm. Il existe une grande variété de balles qui peuvent être tirées dans les canons lisses. Certaines sont empennées (Brenneke, Aquila). D’autres (Stendebach, Faunia) ont une hélice intérieure qui doit les faire tourner sur leur trajectoire.

Enfin, les « slugs » américains ont l’arrière creux pour assurer leur stabilité par le principe des flèches, qui est aussi celui des balles empennées. La balle Blondeau, qui a la forme « diabolo » est une des plus précises. L’on trouve aussi les fameuses balles flèches Sauvestre et plus récemment les fameuses balles MG Rio. Cette précision est d’ailleurs très variable selon les modèles. Le chasseur a intérêt, avant de fixer son choix, à essayer sur cible différents modèles.

Il faut aussi vérifier le réglage du fusil, car il peut être très différent de celui du tir à plombs, et il varie aussi suivant le type de balle. Les cartouches à balles ont en général un chargement plus fort que les cartouches à plombs. La vitesse initiale, pour un poids de balle voisin de 32 g en calibre 12, se situe en moyenne autour de 430 m/s. La S. N. P. E. (Société Nationale des Poudres et Explosifs) préconise sa poudre spéciale AO (A zéro) pour le chargement des cartouches à balles. Pour le tir du cerf et du sanglier, il faut, afin d’avoir une puissance suffisante, utiliser un fusil de calibre 12. Dans ces conditions, le tir reste efficace jusqu’aux distances normales du tir à plombs, c’est-à-dire environ 50 m.

Il existe dans le commerce des fusils spécialement agencés, du point de vue des organes de visée et des canons, pour le tir des balles. Pour atténuer les effets du choke, qui ne permet pas d’atteindre le gibier tiré à courte distance, on utilise des disperseurs. Le plus connu de ces dispositifs spéciaux est le croisillon, placé sur la bourre de la cartouche et formé de 2 plaques en carton assemblées en croix. En principe, il devrait augmenter de 50% la dispersion des canons chokes.

Le concentrateur est en général formé d’un cylindre en carton ou en liège, fermé à une de ses extrémités et contenant la charge de plombs. Dans un canon cylindrique, le concentrateur devrait donner le groupement que l’on obtient avec un choke. Aux essais, on constate que certains coups font « balle » et que d’autres ont un groupement inférieur à celui d’un canon lisse. Les mauvais résultats obtenus avec les concentrateurs font qu’ils ont pratiquement disparus du marché.